Pouvez-vous vous présenter ? (profil, formation)

Je m’appelle Pascal Bouton et je travaille dans les domaines de la géologie et de l’hydrogéologie depuis une trentaine d’années. Je suis docteur en géologie de l’université de Poitiers. Mon travail de thèse était consacré aux terrains du sud du Massif armoricain et se basait sur une abondante moisson de relevés sur le terrain. J’ai également participé à la réalisation des cartes géologiques de cette région, qui sont parmi les dernières à avoir été éditées en raison de leur complexité. Cela me permet aujourd’hui de me confronter à des contextes géologiques variés, en France comme à l’étranger.

Qu’aimez-vous particulièrement dans votre métier ?

Déchiffrer le sous-sol me procure beaucoup de plaisir intellectuel et comme chaque objet hydrogéologique a ses spécificités, il n’y a pas de routine. Enfin, je suis toujours heureux de répondre aux questions qui me sont posées. Ceci dit, la nature est complexe et la réussite n’est jamais assurée malgré les connaissances et les techniques aujourd’hui disponibles. J’aime aussi beaucoup la partie de mon métier qui s’effectue sur le terrain. L’analyse sur place d’un site conditionne souvent des choix différents de ceux qui seraient faits depuis le bureau.

Pouvez-vous nous décrire votre rôle lors d’une mission de validation d’un forage d’eau minérale ou de source ?

Il s’agit de répondre à trois questions : y a-t-il de l’eau, en quelle quantité et de quelle qualité ?
La première étape est de déterminer la nature de l’aquifère à explorer et d’évaluer sa protection naturelle vis-à-vis des risques de pollution. L’hydrogéologue propose la meilleure implantation après avoir analysé le contexte géologique local. Lorsqu’il s’agit de trouver de l’eau circulant dans des failles, il met en œuvre des méthodes de prospection géophysique pour localiser au mieux ces fractures. En effet, à quelques mètres près, on peut passer à côté de la faille aquifère (qui contient et transporte l’eau) et se retrouver avec un forage sec.
Ensuite, il s’agit de vérifier si la quantité d’eau disponible répond aux besoins. Pour cela, on pratique une succession d’essais de pompage qui permettent de tester les capacités du forage et de la nappe d’eau qui l’alimente. Cette phase peut prendre plusieurs semaines.
Enfin il faut s’assurer de la qualité de l’eau exploitée, c’est-à-dire de sa conformité aux exigences sanitaires réglementaires.

Quel rôle joue l’hydrogéologue sur la qualité de l’eau en bouteille ?

Lorsque l’emplacement du sondage est défini, l’hydrogéologue suit les travaux de forage et vérifie que l’ouvrage ne capte que la nappe bien protégée qu’il est prévu d’exploiter. Pour cela, il contrôle la coupe géologique et la réalisation technique du forage d’exploitation. Il s’assure par des prélèvements que l’eau répond aux exigences réglementaires des eaux embouteillées en ce qui concerne la composition chimique et l’absence de pollution bactériologique. Les eaux embouteillées ne peuvent en effet pas être désinfectées, elles doivent être naturellement pures.
Lorsque le forage entre en exploitation, l’hydrogéologue vérifie la stabilité dans le temps de la composition de l’eau, car il peut arriver que l’exploitation d’une ressource souterraine modifie ses paramètres physico-chimiques. Cette stabilité physico-chimique est indispensable pour que l’eau soit classée comme une eau minérale.

…Et sur l’environnement ?

L’hydrogéologue définit le bassin d’alimentation de la source, c’est-à-dire le territoire à partir duquel les eaux vont s’infiltrer jusqu’à la nappe souterraine. Il évalue également le temps mis par ces eaux pour faire ce trajet. Ce bassin d’alimentation doit être très surveillé pour éviter que des eaux polluées s’y s’infiltrent et altèrent dans le temps la qualité de l’eau ressource exploitée.
En cas de risques, il peut inciter à modifier les pratiques agricoles ou proposer la mise en place de barrières passives pour renforcer la protection. Pour les aquifères karstiques par exemple, une simple dérivation de fossé permet d’éviter le déversement d’eaux superficielles non filtrées dans l’aquifère.

Pascal Bouton, 19/12/2016

Un grand merci à monsieur Pascal Bouton
pour son temps et son enthousiasme
quant à la réalisation de cette interview.